Formation à l'ouverture d'une épicerie vrac
Une formation pour être accompagné à travers toutes les étapes de la création d'une boutique vrac sera bientôt disponible. Pour être tenu informé du contenu et des tarifs, rendez-vous sur www.nona-nona.com
Article mis à jour le 10/11/20
En Juillet 2017, Mes courses en vrac ouvrait une épicerie vrac et zéro-déchet dans la vallée du Grésivaudan, en Isère. Première épicerie 100% vrac et 100% bio de la vallée (peut-être même du département), je suis heureuse - et épuisée - par ses derniers mois avant l'ouverture. Campagne de financement participative, choix du local, création de la devanture, choix des fournisseurs et de l'agencement, après-midi à chiner... L'ouverture du épicerie vrac est un projet dense et riche. Aujourd'hui, j'ai décidé de partager avec vous les différentes étapes de la création de l'épicerie en 5 étapes.
Étape n°1 : Où installer mon épicerie vrac
Une fois prise la décision d'ouvrir une épicerie vrac - une vraie boutique - s'est vite posée la question du lieu. Vaut-il mieux ouvrir en centre ville ? Ou en milieu rural ? Que préférions-nous à titre personnel ?La meilleure façon de répondre à cette question, c'est d'abord de se poser la question du "pourquoi". Quel offre, quels services je souhaite proposer, qu'est-ce qui compte pour moi ?
Depuis le début, Mes courses en vrac est une façon de faciliter la transition vers le zéro-déchet et de rendre ce mode de vie accessible à tous. Trop souvent, ce mode de vie est réservé à une minorité de privilégiés en centre-ville. Nous avons donc pris la décision d'ouvrir dans un milieu plus rural, pour répondre à la notre promesse d'origine. Notre choix s'est orienté vers une ville de 15 000 habitants - donc pas non plus la campagne - dynamique et déjà riche en offre d'alimentaire.
Ok, maintenant que la zone géographique est délimitée, par où commencer ?
C'est le moment de se rapprocher des agences immobilières, des particuliers, sans oublier les pouvoirs publics. Les communautés de communes et d'agglomération sont en charge de l'immobilier professionnel sur leurs territoires. Vous pouvez donc les contacter pour vous informer des disponibilités et éventuellement bénéficier d'un petit coup de pouce. Certains territoires sont très incitatifs pour préserver le commerce de proximité. Par exemple, la ville de Grenoble propose une aide financière pour les travaux des petits commerces.
Comment avons-nous choisi notre local
Pour nous le critère déterminant fut de se sentir bien dans le quartier choisi. Nous ne sommes pas du côté des grandes surfaces mais du côté de l'ancien centre-ville, proches des commerces de proximité. C'est un pari parce que nous perdons la visibilité des grands axes mais de l'autre côté, nous aimons venir à l'épicerie tous les jours. Nous sommes également proche du marché dominical.

Nous avons choisi un local d'une bonne taille pour nous permettre de proposer des produits d'entretien, des cosmétiques, des fruits et légumes en plus de l'épicerie vrac.
Pour nous, il était essentiel que le local puisse disposer d'une pièce fermée pour pouvoir y organiser nos ateliers de cosmétiques. Notre réserve fait donc 60 m2, donc 20 m2 réservé aux ateliers.
Mes conseils pour le choix de votre local :
- Le local doit avant tout être bien placé, c'est à dire proche d'autres commerces. Je pense même qu'il vaut mieux être proche d'autres épiceries plutôt que de se dire "tiens c'est chouette, il n'y a pas de concurrence ici".
- Le local doit être bien desservi et accessible : parking, bus, tram...
- Le local doit être visible : pensez à votre devanture et à la façon dont les gens vont entendre parler de vous. A mon avis, il vaut mieux éviter le "presque bien placer" ou on est proche d'un axe passant mais pas dessus.
- Le local doit faire au moins 100 m2. notre local fait 109 m2 avec 50 m2 de surface de vente et je pense que c'est le minimum pour avoir un choix assez large de produits.
Après plusieurs semaines de recherche, ce sont finalement des participants à un atelier "création de cosmétiques maison" que nous animions qui nous ont parlé d'un local disponible. Dans la même période un ami de la famille nous a envoyé les photos du local. Nous l'avons visité et ce fut le coup de cœur immédiat. Conclusion : parlez de votre recherche à un maximum de monde, le bouche à oreille peut faire des merveilles.
Étape n°2 : Comment financer la création de son épicerie vrac ?
Même si la création d'une épicerie vrac peut vous sembler complètement révolutionnaire (et ça l'est à bien des égards), ça reste avant tout un commerce. Et comme pour tout commerce, il faut investir pour démarrer. Parmi les choses que vous allez devoir payer on trouve :
- Les travaux ;
- Le mobilier et la déco - sachant que pour une épicerie vrac, il est nécessaire d'avoir des équipements particuliers comme les silos ;
- Le premier stock ;
- Quelques formalités administratives ;
- Éventuellement, un pas de porte ;
Comment financer tout cela ? Vous n'avez pas d'argent de côté ? Pas de panique ! Il existe de nombreuses structures prêtes à vous aider. Il n'y a pas d'entourloupe, certains entrepreneurs aiment aider les autres, juste pour la beauté du geste.
Obtenir un prêt d'honneur
Il faut donc vous rapprocher des associations d'entrepreneurs qui font des prêts d'honneurs. En Isère, l'association s'appelle Initiative Grésivaudan Isère (IGI). Elle fait des prêts d'honneur à taux à pour permettre aux créateurs de se lancer justement. Du point de vue de la banque, ce prêt sera perçu comme un apport personnel.
Durant cette étape, plus rébarbative, nous avons eu la chance de rencontrer l'organisme Initiative Grésivaudan Isère (IGI). Constitué de chef(fe) d'entreprises, le comité en charge de l'obtention du prêt vous pose de nombreuses questions pour évaluer votre projet. C'est une étape importante et que j'ai trouvé très enthousiasmante. Nous avons rarement l'occasion de se confronter aux avis de personnes plus expérimentées prêtes à vous conseiller.
Cet organisme nous a fait bénéficier d'un prêt d'honneur, qui est plus qu'utile pour convaincre les banques de vous prêter de l'argent. En plus du prêt d'honneur, IGI permet également d'être accompagné par un mentor et de bénéficier de l'entre-aide de tout le réseau.
Ajoutez à cela une campagne de financement participative et vous avez votre apport finalisé. Cet apport va servir à financer les stocks principalement.
Obtenir un prêt bancaire
Pour le reste, le mieux est encore de faire un prêt bancaire. Le prêt financera tout ce qui relève de l'investissement, comme les travaux et l'équipement.
Pour obtenir un prêt d'honneur, j'ai utilisé un outils gratuit nommé "Wikicréa" qui permet, en remplissant quelques cases, d'avoir un plan prévisionnel adapté aux attentes des comptables et des banquiers. Même si l'outil est simple et pratique, je vous conseille de vraiment prendre le temps de construire un prévisionnel au plus réaliste possible. Cela vous aidera dans la gestion quotidienne.
Recapitulatif :
- Faites appel à un outils type "wikicréa" pour votre plan financier ;
- Sollicitez des aides et prêts d'honneurs de façon à vous entourer un maximum. C'est aussi une façon de challenger son projet et de le rendre plus solide ;
- Soyez réaliste mais audacieux : je vous conseil de prévoir large pour le prêt de façon à pouvoir retomber sur vos pâtes. Il n'est pas possible de tout prévoir donc il vaut mieux avoir un filet de sécurité. Par exemple, nous sommes passées par la CIC (la NEF na pas pu nous prendre en charge) qui finance du BFR, ce qui n'est pas le cas de toutes les banques.
Surtout, courage, car cette période est - à mon sens - assez stressante. Maintenant place à la vraie vie d'épicier.
Étape n°3 : Le choix des fournisseurs & producteurs
Nous souhaitons à travers notre épicerie proposer un mode de vie alternatif : relocaliser l'agriculture, favoriser les circuits-courts, placer l'humain au cœur de la relation et soutenir une agriculture raisonnée et donc biologique (mais la vraie bio).
Bref, nous avons passé beaucoup de temps à identifier les producteurs et les fournisseurs qui nous semblent correspondre à nos valeurs.
Trouver vos producteurs et fournisseurs
Pour trouver les producteurs et fournisseurs, voici comment je m'y suis prise :
- Recherche internet : il existe de nombreux site internet regroupant des producteurs locaux. Il suffit de chercher les bons mots clés - puis de prendre son téléphone
- Faire le tour des marchés de la région : j'ai écumé tous les marché de producteur du coin, quitte à faire le pied de grue en attendant que les producteurs soient disponibles.
- Poser la question autour de vous : les gens sont parfois des vrais mines d'informations ! Nous avons sollicités nos clients et ils ont été nombreux à nous donner les coordonnés des producteurs qu'ils connaissent.

Nous avons trouvé de nombreux producteurs mais je voulais partager avec vous les différents "challenges" que nous avons rencontrés.
- Il arrive que les petits producteurs n'aient pas la production suffisante pour nous livrer. C'est le cas des pâtes de blé dur par exemple. Nous sommes contraintes de nous fournir en Italie (bon, ce n'est pas très loin mais tout de même) alors que nous avons un producteur à proximité.
- Plusieurs producteurs ne souhaitent pas vendre par un intermédiaire. Dans ce cas, nous essayons d'insister un maximum (#lourdeur extrême) et surtout de mettre en place des conditions de ventes qui soient gagnant-gagnant car notre but n'est surtout pas de faire baisser la marge du producteur.
La recherche de fournisseur est probablement le moment le plus enthousiasmant de tout le processus. C'est le moment où l'on peut réellement faire changer les choses, où l'on peut favoriser l'économie locale, les petits artisans et proposer une réelle alternative à la consommation industrielle. je vous conseille donc d'y apporter beaucoup de soin, d'attention et donc de temps.
Dans les fournisseurs, il faut également intégrer les fournisseurs du mobilier. Nous avons fait le choix de la société Applymage, basée en Rhône-alpes et qui propose des silos Made in France ! Laurent et Bénédicte se sont pliés en quatre pour nous permettre d'ouvrir dans les temps et grâce eux nous avons des beaux silos très pratiques !
Étape n°4 : Les travaux, l'aménagement et l'ouverture d'une épicerie vrac
Pour nous, il était important que le local soit à l'image de tout le soin que nous prenons dans le choix de nos produits : sain, propre et authentique.
Nous avons choisi des matériaux naturels que nous avons customisés nous-mêmes : tout est en pin naturel. Nous avons ensuite teinté les meubles en fonction de nos goûts et de l'ambiance que nous souhaitons donner au magasin.
Lors des travaux, il faut bien sûr penser à la praticité du chemin au sein du magasin mais également aux normes de sécurité et d'hygiène qui s'imposent. Par exemple, nous avons utilisé de la peinture apte au contact alimentaire pour les lieux en contact avec la nourriture.
Durant cette étape, nous avons la chance d'être accompagnées par nos proches pour réaliser tous les travaux. Nous avons passé plus de 2 semaines à tout refaire à l'intérieur. Entre nous, heureusement que nos proches étaient là pour nous guider parce que les choses sont parfois plus compliquées que prévu.
Le moment de l'aménagement intérieur est un des plus fun de tout le processus : étiquettes, disposition, mise en rayon... Le magasin prend forme et c'est notre rêve qui devient réalité en même temps !
Petit conseil de dernière minute : prévoyez un peu de temps avant l'ouverture pour régler tous les derniers "détails". Il faut installer la caisse, vérifier que le TPE fonctionne, avoir de la monnaie, indiquer tous les prix etc. Ne faites pas comme moi, prévoyez du temps.
Étape n°5 : Faire connaître son épicerie vrac
C'est l'étape actuelle pour nous : tout est ouvert, tout est prêt, il nous faut maintenant nous faire connaître.

Conseils pour faire connaître son épicerie vrac :
- Édition de flyers : Nous souhaitons éviter au maximum l'édition de flyers et autres prospectus qui créent des déchets. Pour autant, le flyer reste un bon moyen de se faire connaître. Pour limiter leur impact, nous essayons de faire des flyers les plus "intemporels" possible et d'inviter les gens à le prendre en photo plutôt qu'à le prendre et finir par le jeter.
- Se référencer sur internet : mettre à jour ses coordonnées et horaires d'ouverture du google est une étape importante. C'est tout bête mais vraiment pratique.
- Le bouche-à-oreille : notre expérience nous montre que c'est le bouche à oreille qui fonctionne le mieux. Avec de bons produits en stock et un accueil chaleureux, les clients sont heureux et parlent de nous à leurs proches.
A tous les lecteurs qui sont arrivés jusqu'ici, je vous propose une 6ème étape secrète.
Étape n°6 (secrète) : apprécier chaque instant
Ouvrir une épicerie vrac n'était pas vraiment ce à quoi nous nous destinions. Notre épicerie vrac est un vrai choix. Elle incarnation de notre volonté de trouver notre place dans cette société et de contribuer aux changements de consommation.
C'est donc un saut dans le vide, une véritable aventure, un challenge professionnel et un pari personnel. Nous avons entrepris Mes courses en vrac avec passion et une énergie folle. Dans les moments difficiles (car il y en a), la clé a été pour nous de nous rappeler pourquoi nous avions fait ce choix et de profiter de chaque instant, même les plus durs. Comme on l'entend souvent :
"le plus important n'est pas la destination mais le chemin parcouru pour y arriver".
Voilà pour les coulisses de notre installation. Je souhaite beaucoup de bonheur à tous ceux qui se lancent dans l'aventure !
On profite de cet article pour remercier chaleureusement tous ceux qui nous ont aidées, de près comme de loin ! Grâce à vous ces mois de travail ont été un vrai plaisir. Nous sommes heureuses d'avoir pu partager cette aventure avec vous, c'est de loin notre plus belle récompense !
Ps : un petit souvenir de notre soirée "montage du meuble de caisse" avec notre menuisier de l'année ;)


59 commentaires
Bonjour Chloé, je vous invite à venir nous rejoindre sur le groupe facebook “épiceries vrac indépendantes”, nous y échangeons beaucoup, sur le financement notamment :)
Bonjour Charlotte,
Nous avons ouvert une épicerie à crolles (38). Si vous avez des questions, je vous suggère de rejoindre notre groupe Facebook “épiceries vrac indépendantes”, vous y trouverez de nombreuses informations.
Bonjour je me permets de vous contacter car j’habite la côte d’opale et cette idée me plaît beaucoup mais je n’y connais pas grand chose en commerce. Pourrions-nous échanger sur ce sujet ? Où se situera votre épicerie ? Merci
Bonjour super projet bravo ! Nous sommes actuellement dans les premières démarches nous aussi dans le puy de dôme pouvons nous correspondre brièvement par mail (vous devez être très demandées….) pour quelques infos de l’ordre du financement ? Cordialement
Bonjour Aude, merci pour votre message. Effectivement, nous avons fait beaucoup de choses après l’ouverture et je ne vous conseille pas cette méthode. C’est assez difficile de vous parler de timing car ça dépend vraiment de chacun. Nous avons pris la décision d’ouvrir la boutique en février et elle était ouverte en Juillet.
J’espère que ça aide tout de meme ?